Pauvre Platini !

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De retour après un long sommeil (de blogueur s'entend), je reprend ma croisade pour un journalisme indépendant et responsable.

Voici les faits:

Le 18 juin dernier, Michel Platini est mis en examen en garde à vue*.

Le lendemain 19 juin, La "Tribune" (comme de nombreux autres médias) donne à cette info une place de choix: page 14 entière - avec un excellent papier d'ailleurs - renvoi avec photo à la Une.

Ce même 19 juin à Paris, Platini est libéré sans suite.

Le 20 juin, comme il se doit, la "Tribune" (comme de nombreux autres médias) le signale: en 1 col de moins de 20 lignes, caché dans une page (comme de nombreux autres médias).

C'est malheureusement un péché (pas trop) mignon des médias: l'accusation - ou ce qui semble en être une - est publiée en grand. La libération - ou ce qui semble en être une - en tout petit. Comment s'étonner dès lors que le public nous perçoit souvent comme dépourvus de loyauté...

Je me permets à cet égard de rappeler la Directive 7.6 du Conseil de la Presse:

Directive 7.6 – Non-lieu, classement et acquittement

L‘importance et la place accordées à la relation de non-lieu, de classements ou d‘acquittements dans une procédure pénale doivent être en juste proportion avec les comptes rendus antérieurs.

D'une manière plus générale, je pense que nous autres journalistes ferions bien de descendre parfois de notre piédestal et de reconnaître nos manquements. Permettez que je cite l'éditorial que j'ai écrit récemment dans l'annuaire 2019 du Conseil de la presse à ce sujet.

Reconnaître ses erreurs, un gage de crédibilité

« Le droit à l’information, de même qu’à la libre expression et à la critique, est une des libertés fondamentales de tout être humain. Du droit du public à connaître les faits et les opinions découle l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes. » Le préambule de la « Déclaration des devoirs et des droits du / de la journaliste » place d’emblée le métier de journaliste sous le signe du rapport avec le public. En fait, un contrat implicite les lie : Les journalistes communiquent au public les faits qu’ils observen; au bénéfice d’un public qui n’en a ni le temps ni la possibilité. Ils lui dévoilent aussi les faits que d’aucuns voudraient cacher, mais qui sont révélateurs du fonctionnement de la société.

Cependant, les journalistes ne peuvent remplir leur fonction sociale, aussi noble qu’essentielle, qu’à une condition : que le public leur accorde sa confiance. Or on le sait, une partie du public en tout cas est de plus en plus méfiante à l’encontre des médias. Fondamentalement, sans doute, parce qu’à l’ère du conspirationnisme tout discours d’autorité est mis en doute, qu’il s’agisse de l’autorité politique, scientifique … ou journalistique précisément.

Néanmoins, l’attitude des journalistes eux-mêmes n’est pas toujours faite pour nourrir la confiance souhaitée. En particulier, le fait que ceux dont  la fonction est de rechercher la vérité et de la communiquer aient tellement  de peine à reconnaître leurs erreurs ne contribue en rien à leur crédibilité. Ne pas reconnaître ses erreurs ne revient-il pas à prétendre à l’infaillibilité ? Et le public n’a-t-il pas raison de se méfier d’une telle prétention ?

Or que les journalistes puissent faire des erreurs, le public le comprend bien. Il sait qu’il a affaire à des généralistes qui traitent quasi quotidiennement des sujets différents. Et que dans ces circonstances, il est tout à fait normal qu’ils puissent se tromper. Ce qui ne l’est pas, c’est de ne pas l’admettre. Certains médias l’ont compris. Ils reconnaissent leurs erreurs sans tarder et de manière très visible. Il arrive même qu’ils rebondissent positivement pour instaurer un dialogue avec le public. Un exemple pour les autres médias – malheureusement encore majoritaires – qui s’évertuent à cacher leur « mea culpa » au bas de colonnes sous des titres peu explicites, voire qui négligent tout simplement toute entrée en matière.

Pour ce qui est des contributions journalistiques en ligne, leur correction est évidemment encore plus cruciale, puisque ces informations restent disponibles dans la durée. Mais comme le Conseil de la presse l’a répété à plus d’une occasion, il ne suffit pas de rectifier les dites contributions. Il est préférable de faire une adjonction à la contribution d’origine sans la modifier, afin d’attirer l’attention du public sur l’erreur commise (voir notamment la prise de position 29 / 2011).

 

* En garde à vue technique qui plus est, comme l'expliquait le très bon papier de Patrick Oberli, paru le 19 juin: Le choix du Qatar, en 2010, continue de faire des dégâts.

 

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